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commun s'en d�gagera, et l'id�e g�n�rale aura ainsi �t� sentie, subie, avant
d'�tre repr�sent�e. - Nous voici donc enfin affranchis du cercle o� nous
paraissions enferm�s d'abord. Pour g�n�raliser, disions-nous, il faut abstraire
les ressemblances, mais pour d�gager utilement la ressemblance, il faut d�j�
savoir g�n�raliser. La v�rit� est qu'il n'y a pas de cercle, parce que la ressem-
blance d'o� l'esprit part, quand il abstrait d'abord, n'est pas la ressemblance o�
l'esprit aboutit lorsque, consciemment, il g�n�ralise. Celle d'o� il part est une
ressemblance sentie, v�cue, ou, si vous voulez, automatiquement jou�e. Celle
o� il revient est une ressemblance intelligemment aper�ue ou pens�e. Et c'est
Henri Bergson, Mati�re et m�moire. Essai sur la relation du corps � l esprit. (1939) 96
pr�cis�ment au cours de ce progr�s que se construisent, par le double effort de
l'entendement et de la m�moire, la perception des individus et la conception
des genres, - la m�moire greffant des distinctions sur les ressemblances
spontan�ment abstraites, l'entendement d�gageant de l'habitude des ressem-
blances l'id�e claire de la g�n�ralit�. Cette id�e de g�n�ralit� n'�tait � l'origine
que notre conscience d'une identit� d'attitude dans une diversit� de situations ;
c'�tait l'habitude m�me, remontant de la sph�re des mouvements vers celle de
la pens�e. Mais, des genres ainsi esquiss�s m�caniquement par l'habitude,
nous avons pass�, par un effort de r�flexion accompli sur cette op�ration
m�me, � l'id�e g�n�rale du genre ; et une fois cette id�e constitu�e, nous avons
construit, cette fois volontairement, un nombre illimit� de notions g�n�rales. Il
n'est pas n�cessaire ici de suivre l'intelligence dans le d�tail de cette cons-
truction. Bornons-nous � dire que l'entendement, imitant le travail de la
nature, a mont�, lui aussi, des appareils moteurs, cette fois artificiels, pour les
faire r�pondre, en nombre limit�, � une multitude illimit�e d'objets indivi-
duels : l'ensemble de ces m�canismes est la parole articul�e.
Il s'en faut d'ailleurs que ces deux op�rations divergentes de l'esprit, l'une
par laquelle il discerne des individus, l'autre par laquelle il construit des
genres, exigent le m�me effort et progressent avec une �gale rapidit�. La
premi�re, ne r�clamant que l'intervention de la m�moire, s'accomplit d�s le
d�but de notre exp�rience ; la seconde se poursuit ind�finiment sans s'achever
jamais. La premi�re aboutit � constituer des images stables qui, � leur tour,
s'emmagasinent dans la m�moire la seconde forme des repr�sentations insta-
bles et �vanouissantes. Arr�tons-nous sur ce dernier point. Nous touchons ici �
un ph�nom�ne essentiel de la vie mentale.
L'essence de l'id�e g�n�rale, en effet, est de se mouvoir sans cesse entre la
sph�re de l'action et celle de la m�moire pure. Reportons-nous en effet au
sch�ma que nous avons d�j� trac�. En S est la perception actuelle que j'ai de
mon corps, c'est-�-dire d'un certain �quilibre sensori-moteur. Sur la surface de
la base A B seront dispos�s, si l'on veut, mes souvenirs dans leur totalit�. Dans
le c�ne ainsi d�termin�, l'id�e g�n�rale oscillera continuellement entre le
sommet S et la base A B. En S elle prendrait la forme bien nette d'une attitude
corporelle ou d'un mot prononc� ; en A B elle rev�tirait l'aspect, non moins
net, des mille images individuelles en lesquelles viendrait se briser son unit�
fragile. Et c'est pourquoi une psychologie qui s'en tient au tout fait, qui ne
conna�t que des choses et ignore les progr�s, n'apercevra de ce mouvement
que les extr�mit�s entre lesquelles il oseille; elle fera co�ncider l'id�e g�n�rale
tant�t avec l'action qui la joue ou le mot qui l'exprime, tant�t avec les images
multiples, en nombre ind�fini, qui en sont l'�quivalent dans la m�moire. Mais
la v�rit� est que l'id�e g�n�rale nous �chappe d�s que nous pr�tendons la figer
� l'une ou l'autre de ces deux extr�mit�s. Elle consiste dans le double courant
qui va de l'une � l'autre, - toujours pr�te, soit � se cristalliser en mots pronon-
c�s, soit � s'�vaporer en souvenirs.
Cela revient � dire qu'entre les m�canismes sensori-moteurs figur�s par le
point S et la totalit� des souvenirs dispos�s en AB il y a place, comme nous le
faisions pressentir dans le chapitre pr�c�dent, pour mille et mille r�p�titions de
notre vie psychologique, figur�es par autant de sections A'B', AB', etc., du
m�me c�ne. Nous tendons � nous �parpiller en AB � mesure que nous nous
d�tachons davantage de notre �tat sensoriel et moteur pour vivre de la vie du
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r�ve nous tendons � nous concentrer en S � mesure que nous nous attachons
plus fermement � la r�alit� pr�sente, r�pondant par des r�actions motrices �
des excitations sensorielles. En fait, le moi normal ne se fixe jamais � l'une de
ces positions extr�mes ; il se meut entre elles, adopte tour � tour les positions
repr�sent�es par les sections interm�diaires, ou, en d'autres termes, donne �
ses repr�sentations juste assez de l'image et juste assez de l'id�e pour qu'elles
puissent concourir utilement � l'action pr�sente.
De cette conception de la vie mentale inf�rieure peuvent se d�duire les lois
de l'association des id�es. Mais avant d'approfondir ce point, montrons
l'insuffisance des th�ories courantes de l'association.
Que toute id�e surgissant dans l'esprit ait un rapport de ressemblance ou
de contigu�t� avec l'�tat mental ant�rieur, c'est incontestable ; mais une affir-
mation de ce genre ne nous renseigne pas sur le m�canisme de l'association, et
m�me, � vrai dire, ne nous apprend absolument rien. On chercherait vaine-
ment, en effet, deux id�es qui n'aient pas entre elles quelque trait de ressem-
blance ou ne se touchent pas par quelque c�t�. S'agit-il de ressemblance ? Si
profondes que soient les diff�rences qui s�parent deux images, on trouvera
toujours, en remontant assez haut, un genre commun auquel elles appartien-
nent, et par cons�quent une ressemblance qui leur serve de trait d'union.
Consid�re-t-on la contigu�t� ? Une perception A, comme nous le disions plus
haut, n'�voque par � contigu�t� � une ancienne image B que si elle nous
rappelle d'abord une image A' qui lui ressemble, car c'est un souvenir A', et
non pas la perception A, qui touche r�ellement B dans la m�moire. Si �loign�s
qu'on suppose donc les deux termes A et B l'un de l'autre, il pourra toujours
s'�tablir entre eux un rapport de contigu�t� si le terme intercalaire A' entretient
avec A une ressemblance suffisamment lointaine. Cela revient � dire qu'entre
deux id�es quelconques, choisies au hasard, il y a toujours ressemblance et
toujours, si l'on veut, contigu�t�, de sorte qu'en d�couvrant un rapport de
contigu�t� ou de ressemblance entre deux repr�sentations qui se succ�dent, on
n'explique pas du tout pourquoi l'une �voque l'autre.
La v�ritable question est de savoir comment s'op�re la s�lection entre une
infinit� de souvenirs qui tous ressemblent par quelque c�t� � la perception
pr�sente, et pourquoi un seul d'entre eux, - celui-ci plut�t que celui-l�, -
�merge � la lumi�re de la conscience. Mais � cette question l'associationnisme
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ne peut r�pondre, parce qu'il a �rig� les id�es et les images en entit�s ind�pen-
dantes, flottant, � la mani�re des atomes d'�picure, dans un espace int�rieur, se
rapprochant, s'accrochant entre elles quand le hasard les am�ne dans la sph�re
d'attraction les unes des autres. Et en approfondissant la doctrine sur ce point,
on verrait que son tort a �t� d'intellectualiser trop les id�es, de leur attribuer un
r�le tout sp�culatif, d'avoir cru qu'elles existent pour elles et non pour nous,
d'avoir m�connu le rapport qu'elles ont � l'activit� du vouloir. Si les souvenirs [ Pobierz całość w formacie PDF ]

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